PARIS — La Fondation Jean-Jaurès publie lundi 27 avril un rapport, obtenu en avant-première par POLITICO, qui rend compte des aspects automatisables par l’IA du travail des élus, et surtout de leurs collaborateurs.
Cette question “n’avait pas été posée auparavant”, selon Ariane Forgues, coautrice de l’étude et ancienne collaboratrice parlementaire, parce que les usages sont peu encadrés et sont très variables en fonction des équipes parlementaires. Pourtant, le domaine législatif se prête particulièrement à l’automatisation, argumente le rapport.
En effet, “les affaires publiques constituent par nature une matière première ouverte et adaptée à l’usage de l’IA”. Les élus s’appuient souvent sur des données “publiques et bien référencées” , comme des “corpus juridiques, bases de données et rapports institutionnels ou de recherche” — autant de données que l’IA peut ingérer et traiter.
55 % des tâches automatisables à plus de 50%
Parmi les tâches qui pourraient être réalisées rapidement par des modèles d’IA — ou avec leur aide —, le rapport du think tank liste ainsi la veille d’actualité, la gestion comptable du mandat (frais, factures, etc.), et même l’écriture des discours et la rédaction de rapports ou de synthèses.
Certaines tâches devraient en revanche être moins affectées et continuer à nécessiter une attention humaine : l’organisation de déplacements, le développement d’un réseau auprès d’autres élus et de décideurs, ou encore la coordination de l’équipe.
La Fondation Jean-Jaurès estime ainsi que 55 % des tâches réalisées par les équipes parlementaires sont automatisables “à plus de 50 %” grâce à l’IA. Selon des données communiquées par la députée Ensemble pour la République Brigitte Klinkert, sur 518 assistants parlementaires sondés au cours d’une étude interne, un sur deux dit utiliser l’IA quotidiennement, et un sur trois au moins une fois par semaine.
Pour autant, Ariane Forgues n’imagine pas que l’IA remplace des postes d’assistants parlementaires. “Les parlementaires ont plutôt tendance à vouloir faire toujours davantage”, note-t-elle, avec pour potentielle conséquence une inflation des productions législatives, comme les rapports ou propositions de loi.
Codifier les usages
Reste qu’à ce stade, l’usage de l’IA n’est pas encadré, ni à l’Assemblée ni au Sénat. Un débat pressant pour la Fondation Jean-Jaurès.
Les députés et sénateurs sont “chacun comme une PME”, compare Ariane Forgues. “Un(e) député(e) peut, selon son souhait, équiper ses collaborateurs/collaboratrices de terminaux — ordinateurs, tablettes, téléphones — non supervisés par les services de l’Assemblée”, et “peut connecter à son environnement de travail tout type d’outil IA”, souligne le rapport. Ce qui peut poser des problèmes en termes de fiabilité des productions et de souveraineté numérique.
Les usages pourraient cependant bientôt être codifiés. Un groupe de travail composé des députés Denis Masséglia (EPR) et Nicolas Bonnet (Ecologiste) a été lancé il y a quelques mois pour se pencher sur le sujet et réaliser un benchmark des solutions du marché qui pourraient être utiles aux députés, à leurs collaborateurs, ou même aux administrateurs.
