Lille accueillera la nouvelle Autorité douanière européenne

BRUXELLES — Lille a battu huit autres villes européennes lors du vote de mercredi pour accueillir la toute nouvelle Autorité douanière européenne (EUCA), en battant Rome au troisième tour d’un scrutin à rebondissements.

Les gouvernements nationaux, d’un côté, et les députés européens, de l’autre, avaient d’abord soutenu les deux villes candidates, menant ainsi à ce duel final. Puis, lors du vote commun, Lille a obtenu 36 voix contre 18 pour Rome, a confirmé la présidence chypriote du Conseil de l’UE.

Pascal Lamy, l’ambassadeur de la candidature de la capitale des Flandres, s’est montré magnanime lors de la victoire.

“Deux excellents finalistes”, a déclaré à POLITICO l’ancien commissaire européen au Commerce et directeur général de l’OMC. “Lille avait un peu d’avance et a su la garder sur la ligne d’arrivée.”

Les autres candidates — Bucarest, Liège, Málaga, Porto, La Haye, Varsovie et Zagreb — sont reparties les mains vides.

Composée d’environ 250 agents, l’EUCA coordonnera la surveillance des importations de tous types de produits, des jouets en plastique douteux aux produits cosmétiques non conformes, en passant par les drogues illicites.

Dans le cadre d’une réforme douanière plus large qui doit être finalisée jeudi, l’Union mettra également en place une plateforme informatique centralisant les données pour faire face à l’afflux croissant de colis livrés par les sites d’e-commerce.

“A l’heure où le commerce est redevenu une arme diplomatique, cette autorité aura un rôle déterminant pour défendre nos intérêts européens”, a écrit le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, sur X dans lequel il s’est réjoui de la “grande victoire” de Lille.

La course en tête

La ville du Nord a été la première à se lancer dans l’aventure en se déclarant candidate dès novembre. Elle avait alors invité des responsables publics de toute l’Union à venir visiter le bâtiment moderne qui pourrait accueillir l’agence et l’école internationale où les agents de l’EUCA pourraient envoyer leurs enfants, tout en leur faisant goûter des spécialités locales.

La candidature de Rome a été moins bien accueillie, mais des représentants du Parti populaire européen (PPE, la grande formation de centre droit) ont tout de même voté pour elle afin d’éviter que Lille ne l’emporte dès la phase de groupe, selon deux responsables.

Bien que le PPE dirige 18 des 27 gouvernements de l’UE et dispose de 14 des 51 eurodéputés de la commission du Marché intérieur du Parlement européen qui ont pris part au vote, il n’a pas réussi à hisser sa candidate favorite — Varsovie — au tour final.

L’Europe de l’Est une nouvelle fois écartée

Une fois de plus, la chance n’a pas souri aux candidates venues de plus loin, comme la capitale croate, Zagreb. Cela a renforcé l’impression que, bien qu’elle ait accueilli une multitude de nouveaux pays d’Europe de l’Est au cours des dernières décennies, l’UE reste avant tout un club d’Europe occidentale. La Croatie, qui a rejoint l’Union en 2013, n’abrite aucune institution européenne.

“L’Europe devrait garder à l’esprit que le centre de l’Europe ne se limite pas à un rayon de 300 kilomètres entre Amsterdam, Francfort et Lille”, a pointé l’eurodéputé néerlandais Dirk Gotink, négociateur en chef du Parlement européen sur ce dossier.

“L’Europe s’étend en réalité sur 2 000 kilomètres, et il est important que les autres régions et parties de l’Europe se sentent également associées et représentées. Et, plus important encore, qu’elles contribuent elles aussi, par leur expertise et leur excellence, à rendre l’Europe plus forte.”

Au bout du compte, la course pour accueillir l’Autorité douanière de l’UE s’est résumée à la énième manche du sempiternel duel franco-italien.

La Première ministre italienne Giorgia Meloni et le président français Emmanuel Macron sont connus pour se disputer sur à peu près tout, mais ils ne se sont au moins pas affrontés publiquement pour savoir quelle ville accueillerait l’EUCA.

Koen Verhelst a contribué à cet article depuis Bruxelles et Giorgio Leali depuis Paris.

Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.

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